Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
13 Août 2026
Pourquoi tant de haine ? Chemin vers l’empathie – Annie Coll
Frères humains qui après nous vivez
N’ayez les cœurs contre nous endurcis
Car si pitié de nous pauvres avez
Dieu en aura plus tôt de vos mercis.
François Villon – Ballade des pendus
Ce n’est pas par hasard si Annie Coll a choisi cette épigraphe pour commencer son livre qui interroge la haine, elle lance un appel direct à l’empathie, et dénonce la violence et le rejet.
Pourquoi tant de haine ? Chemin vers l’empathie d’Annie Coll est le troisième ouvrage publié chez l’éditeur Chronique Sociale. Avec En finir avec la culpabilité - Retrouver la joie (2022) et Rêver avec les penseurs du possible (2024), la trilogie de ces livres propose une réflexion humaniste pour une transformation du rapport à soi et aux autres en s’appuyant sur une philosophie cohérente.
La chronologie des publications est une véritable démarche, une odyssée en trois étapes. En se libérant du poids de la culpabilité, l’individu retrouve la sérénité ; il peut enfin se tourner vers la pensée et s’autoriser à rêver et réfléchir en s’inspirant de grands philosophes ou de visionnaires tout en affrontant la complexité des rapports humains.
Dans ce dernier volume dédicacé à ses petits enfants Vincent, Louise et Manon, Annie Coll cherche à comprendre la violence du monde pour y opposer l’empathie.
Au début de l’ouvrage, l’essayiste s’adresse directement à la génération qui héritera du monde, c’est ce qui fait une des forces du livre. En tant que professeur de philosophie, auteure, poète et parent, l’écriture de cet essai est un acte d’amour personnel d'où jaillit une responsabilité citoyenne et intellectuelle. Même si elle s’adresse à des lecteurs initiés, elle offre des outils de pensée à un public plus large afin qu’il avance avec lucidité dans la vie, qu’il ne se laisse pas abattre par la morosité de l’actualité et qu’il lutte ainsi, à chaque fois qu’il le pourra, contre l’adversité.
Annie Coll s’ attaque donc cette fois-ci au problème de l’agressivité ordinaire. L’auteure part d’un constat : la violence verbale et le rejet de l’autre. Elle veut démontrer que l’agressivité n’a pas de raison d’être, qu’elle repose sur de fausses idées, un culte du moi surdimensionné et des conceptions déformées de la liberté et l’égalité.
Pour sortir de cette crise elle propose différents leviers : la philosophie ( Heidegger, Spinoza, Foucault, Lacan, Deleuze, Anders ), l’actualité (Le procès de Mazan) , l’art et la culture (Crime et Châtiment (Dostoievski), L’affaire Redureau (Gide), Thérèse Desqueroux (Mauriac), Douze hommes en colère (Lumet), Miséricorde (Guiraudie), Smoking No Smoking (Resnais), et les neurosciences pour comprendre le fonctionnement biologique de l’empathie. Nous pouvons aussi apprécier dans ce livre la découverte de Bernard Lahire, anthropologue, qui nous invite à comprendre qu’outre nos gènes provenant de la nature, il y a une série de comportements transmis par la culture, ce qui permet de mieux combattre nos préjugés.
Comme dans ses ouvrages précédents, le texte est écrit avec une grande rigueur philosophique, mais il est aussi très agréable à lire car Annie Coll parle d’elle et de ce qu’elle connaît, ce qui rend sa philosophie vivante.
L’auteure n’hésite pas non plus à évoquer plus longuement une histoire personnelle sous forme de journal intime pour « dénoncer la cruauté de ceux qui jugent et condamnent sans connaître l’histoire d’un être ». En s’ancrant dans une philosophie incarnée, elle fait de la pensée un véritable outil d’action, elle s’intéresse à l’être humain dans sa totalité et elle nous apprend à questionner les certitudes, à repérer les manipulations.
Le fait qu’Annie Coll soit aussi poète (N’avez-vous point vécu ? Le plein et le délié des vagues aux Éditions Le nouvel Athanor) transforme sa philosophie en une expérience vivante et sensible. La poésie est une quête de beauté et d’ouverture sur le monde et permet d’oser l’imagination, la beauté, l’espoir, face à la rigueur de la logique présente tout du long.
Ce dernier opus n’est pas un constat pessimiste du monde, il offre des clés de compréhension pour ne pas céder à la résignation, pour déconstruire les mécanismes de la haine et pour restaurer le lien humain et l’empathie.
Les trois essais d’Annie Coll forment une unicité philosophique . Si on peut les découvrir indépendamment car ils se suffisent à eux-mêmes et répondent à des questions précises de notre vie, les lire bout à bout sera un cheminement de la pensée logique. Vite un coffret !
Alexandra Ibanès
Pourquoi tant de haine ? 120p. 14€ Éditions Chronique sociale