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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

RITES DE MICHEL STAVAUX

RITES DE MICHEL STAVAUX

RITES de Michel STAVAUX

 

 

 

 

 

Le hasard est-il poétique ? La poésie est-elle fruit du hasard ? Et les coïncidences preuves de cette collusion ? Celle qui me conduit à vousévoquer Rites, le merveilleux recueil paru ce trimestre sous la bannière des éditions de la SAPF est particulièrement troublante.

Dans l'anthologie de Bernard Delvaille intitulée La Nouvelle Poésie Française, publiée chez Seghers en 1974, plusieurs noms m'avaient marqué par leur pouvoir d'illumination. Un, particulièrement, avait retenu mon attention. Son poème Citadelle m'était devenu confiserie. Son auteur, Michel Stavaux, avait été publié très jeune, entre autres, excusez du peu, chez Gallimard. En 2021, 47 ans plus tard, je reçois par la poste, sans l'avoir commandé, en SP, un ouvrage intitulé : Cailloux. Quel ne fut pas alors mon étonnement de découvrir le nom de son auteur ! Il s'agissait de celui qui m'avait tant ébloui en 1974. Par quels arcanes tortueux le livre de ce poète belge me parvenait ? Mystère ! Mais sûr, ce devait être l’œuvre de quelque main facétieuse. Le clin d’œil du destin était trop appuyé. Aussi je reçus l'ouvrage comme le signe d'une complicité, du moins d'une connivence, émise entre deux êtres qui savent que la poésie tisse d'invisibles fils. Depuis, une amitié d'écriture nous réunit au point qu'il vient de me dédier Citadelle le poème tant dégusté et repris dans son livre anthologique : Rites. La boucle est ainsi bouclée.

Et c'est heureux que Michel Stavaux se décide enfin à nous offrir le florilège de ses œuvres, pour la plupart devenues introuvables. Si le poète a publié très tôt, Cheval d'ivoire à l'âge de 16 ans, une longue interruption en raison de sa carrière professionnelle au sein de la Communauté Européenne a pu laisser croire que la veine poétique était tarie. Que nenni ! Depuis 2013 plusieurs recueils ont démontré que ce n'était pas le cas et que continuait à courir à bas bruit l'eau de son inspiration. La résurgence de ces dernières années prouve que poète on est poète on reste.

Aujourd'hui, il nous propose une version relue, mûrie et remaniée de son parcours poétique. L'introduction qu'il donne à son ouvrage place cet ensemble sous l'égide de quelques grands devanciers, Supervielle, Maeterlinck ou Reverdy. Mais si ces références sont appelées, ce n'est pas pour se mettre dans le pas de ces hautes statures. Poète est celui qui trouve son propre chemin quand bien même illuminé par quelques phares sur l' itinéraire qu'il le mène vers sa vérité. Je ne saurais mieux définir cette volonté qu'en reprenant ce qu'il écrit dans on introduction : « Mes poèmes élaborent ainsi chacun leur propre mythe faisant appel aux forces naturelles et des archétypes pour évoquer la condition humaine. »

En effet, c'est à une haute vision de notre nature profonde que les poèmes de Michel Stavaux nous invitent. Et le plus troublant c'est que l'univers que l'on pourrait qualifier à première vue de surréaliste ne se dépare jamais de l'évidence de celui qui a vu. On entre directement dans le poème. On se laisse ébahir par le tourbillon des images pour être en fin de vers confronté à la plus belle des émotions : celle de la beauté de l'âme.

Plus qu'un florilège, couvrant les années 1965-2025, plus qu'un recueil de poésie, Rites est l'ouvrage de quelqu'un qui affirme que par la ruse de l'écriture le poète se mue en artisan du sacré. Et le prouve. Vous l'aurez compris, Michel Stavaux a réussi là avec ce livre un monument de clarté spi / rituelle qui fascine.

      Daniel Malbranque

 

Rites 112p. 18€, Société des poètes et auteurs de la francophonie

RITES DE MICHEL STAVAUX

XXX

(anciennement titré Citadelle)

 

Pour Daniel Malbranque

 

Les cheminées d'usine qui rôtissent pour toujours

les rois mages

montrent du doigt le ciel où volent des oiseaux si larges.

 

La rue en escaliers s'élance vers une idole poétique

telle cette fille-girafe au long coup de fumées,

 

la fille aux yeux de sirène hurle sur tout le paysage

alors que le jour glauque fabrique de grands sous-marins

  • des poissons-chats aux ventres de nuages

  • aux gestes de plumages. Oui

 

je suis encore cet enfant qui contemple des météores

dans les panaches des aciéries

où s'évaporent les autobus – reptiles modernistes

lorsque tu scrutes le visage de poisson-rat

que le jour-le-jour me façonne.

 

La rue se hisse vers un crépuscule hermétique. Ô

lune (une aux cris de chauve-souris) !

 

Ici c'est le mois de mai pour les marchandes de bouquets.

 

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