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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

PÈLERIN DU RIEN DE DANIEL MALBRANQUE

PÈLERIN DU RIEN DE DANIEL MALBRANQUE

 

J’ai rendu compte ces deux dernières années dans le blog de Texture, de trois volumes narrant les prodigieuses dérives d’un Pèlerin du rien, un nommé Gawa fou de poésie, parti sur les routes de France, d’Europe et d’Asie à la recherche des autres, donc de lui-même.

Dès le début de son dernier opus intitulé « Aller voir ailleurs » qui conclue (provisoirement, je l’espère) ses Mémoires, il réussit son entrée en scène. Qui se trouve être en fait sa sortie de la vie. Nous sommes en effet dans le cimetière de Ribérac (Périgord) parmi sa famille et ses familiers venus l’accompagner dans sa dernière demeure où il reposera auprès de ses parents bien aimés. Il faut oser imaginer ses funérailles et Daniel Malbranque y parvient avec un humour irrésistible de visionnaire goguenard. Mais avant de passer de vie à trépas, Gawa avait laissé dans son capharnaüm de Bergerac, outre un nombre impressionnant de livres de poésie, des lettres, des textes et une clé USB relatant une de ses escapades parmi les plus emblématiques de son existence. Escapade en direction des mirages de l’Est qui nous emporte littéralement en près de trois cents pages serrées et haletantes, parallèlement aux tribulations de son fils Osiris qui les découvre en même temps que nous.

Gawa, comme quelques-uns de sa génération, est l’héritier de ces routards qui, dans la foulée des grands vagabonds du romantisme et de ceux de la Beat Generation acceptèrent de vivre souvent dans le plus grand dénuement pour satisfaire le besoin d’orient, lequel était assorti de la découverte de « la voie de l’extase » par les moyens que l’on sait.

Au cours de son épopée picaresque nous pédalons avec lui en Haute Provence, faisons la plonge durant des mois dans un sinistre restaurant de Courchevel, vivons les longues attentes au bord des routes espérant qu’un chauffeur compatissant veuille bien nous prendre, séjournons hallucinés dans Istambul et continuons toujours plus loin. «  On avait couru l’Europe, traversé une partie de cette Asie inconnue, bourlingué dans tellement de villes, fréquenté tant de personnages en cours de route, vécu tant d’aventures, qu’un sentiment d’accomplissement mais peut-être n’était-ce là que de la fatigue, nous submergea. Je ne sais pourquoi mais quelque chose d’indéfinissable me dit ; c’est ici ! » Ici, c’est Hérat, la ville des mille poètes et des miniaturistes…

En filigrane à ces dérives routardes riches en rencontres de tous types, y compris amoureuses, et dignes des meilleurs récits des écrivains voyageurs, notre « soldat de la mouise » est littéralement habité par la poésie, car la connaissance encyclopédique de Daniel Malbranque en ce domaine est proprement confondante. Une multitude de poètes connus et méconnus de l’antiquité la plus éloignée jusqu’aux contemporains, hantent un texte dont la truculence et l’absolue sincérité ne nous quittent plus. Il nous agrippe, on le lit quasi d’une seule traite et on se dit qu’on le relira.

     Jacques Ibanès

Pèlerin du rien, 276p. 20€ , éditions Danosi omd3@wanadoo.fr

Gawa au temps de ses pérégrinations poétiques

Gawa au temps de ses pérégrinations poétiques

(à Strasbourg)

« Ils nous laissèrent au pied du Pont de l’Europe qui enjambe le Grand Fleuve, celui qu’Hölderlin appelle Der Vater Rhein dans un poème au titre éponyme. Shengen n’était pas encore à l’ordre du jour et n’avait pas aboli les frontières dans l’Espace européen. Comme nombre de jeunes de notre génération, des deux côtés du Rhin et des deux côtés de l’Ailleurs, fils de Woodstock, de Rimbaud, de Kerouac, nous revendiquions haute la liberté de circuler sans entraves, suivant en cela le réputé Wanderlust des Romantiques. Quelques années plus tard le poète Michel Baglin donnerait à cet art d’aller la belle définition que voici : « Le nomade ne cherche pas de justification à sa vie : il est insensé puisqu’il est sans destination, partant sans destin. Ses feux et lieux ne sont que sa révolte, son âme, sa poésie. Marcher lui suffit. » Entre temps, on avait entendu l’appel de Garry Davis, le credo de ce pacifiste qui assumait de se dire apatride, citoyen du monde et luttait pour la fraternité universelle. Son combat en son temps, fut soutenu par Albert Camus, Jean-Paul Sartre et même par l’immobile des immobiles, Joë Bousquet qui le reçut dans sa chambre de paralysé à Carcassonne. »

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