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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

L'ÎLE D'OLÉRON À TRICYCLE DE JEAN COURBEYRE

L'ÎLE D'OLÉRON À TRICYCLE DE JEAN COURBEYRE

Lisez, relisez ce merveilleux livre, hymne à l'Île d'Oléron, écrit par Jean Courbeyre et publié en 1986 aux Éditions du Cercle d'Or.

Jean Courbeyre y raconte son enfance dans l'Île lumineuse, "Nous habitions à Domino sur la Côte Sauvage" et décrit les paysages et les gens rencontrés au long de ses balades à dos de tricycle, lequel donnait des ailes à son corps handicapé.

L'écriture est poétique, le vocabulaire précis, la langue sensuelle et amoureuse.

Ses escapades l'entraînent vers le Nord de l'Île, Chaucre, la pointe de Chassiron, Saint-Denis dont le port, à l'époque de son enfance (dans les années "30") était "une mer de sable piquée d'immortelles", la Brée, les Boulassiers, le Douhet, Saint-Georges, l'Île. Le retour est fêté par "l'églade à l'étouffée sous les barbes de pin".

Il pousse parfois jusqu'à Boyardville, en passant par Sauzelle et les marais. C'est l'occasion de raconter l'époque des saulniers, lorsque le sel d'Oléron faisait la réputation internationale de l'Île, avant que les marais salants soient transformés en claires.
Tant de lieux sont évoqués, Les Sables-Vignier, la Cotinière, la Perroche dont "
naguère, avant la création de la rocade [...] (on pouvait voir), par le grand portail toujours ouvert du prieuré interdit au public, le cloître silencieux autour du jardin enluminé de fleurs", grand- Village, Saint-Trojan-les-Bains, le Château...
Des lieux devenus intemporels par la magie du poète, « 
Que sont les générations, sinon des vagues qui roulent les unes sur les autres, dans une bousculade féconde et parfois tragique ? »

      Stéphane Amiot

L'Île d'Oléron à tricycle, ouvrage longtemps introuvable, est désormais diffusé par les Éditions LOCAL - 38 photos de Pierre-Jean Verger 1986 - 110 p., 16,50 €.

Illustration : Mona Stockhausen

Illustration : Mona Stockhausen

« Pour aller dans l'île de mon enfance, il fallait une bonne dizaine d'heures au départ de Paris. On les passait en partie dans les wagons des Chemins de fer d'Orléans, finement poudrés par la suie de la locomotive. Qui pouvait imaginer alors qu'un pont viaduc franchirait d'un seul élan les trois kilomètres du coureau entre le continent et l'île ? Ni même supposer qu'avant le viaduc on construirait un embarcadère au Chapus et à Ors pour que des bacs puissent traverser sans tenir compte de la marée basse ? Non, vraiment, c'était pour l'enfant imaginatif le temps de l'aventure. [...] L'île d'Oléron apparaissait lentement, festonnant d'un galon vert et jaune pâle le bord de l'azur. Sur la gauche, les bouchots parfois visibles au ras des flots évoquaient pour moi les fanons noircis d'une gigantesque baleine ! Elle ne manquait pas d'allure, la remontée du chenal de la Perrotine, entre la digue lustrée de goémon et le rivage boisé où s'ouvrait et se refermait l'éventail irisé de l'écume. L'arrivée du bateau réveillait sur le quai une certaine animation. Il manœuvrait pour venir se ranger entre les chalutiers dont les filets séchaient sur les mâts à la place des voiles. Nous débarquions, fatigués par le voyage, le dépaysement et la chaleur qui montait. La lumière intense m'obligeait à chausser des lunettes à verres fumés. Nous aurions pu prendre l'Économique, le tortillard qui, crachotant sa fumée comme d'une pipe trop grande, nous aurait conduits jusqu'à la correspondance de Saint-Pierre d'Oléron, le chef-lieu de canton, pour ensuite gagner à vitesse de poète, le Trait d'Union, entre Saint-Georges et Chéray où une charrette amie aurait pu nous attendre et nous emmener jusqu'à Domino. Mais mon père préférait retenir à l'avance l'un des rares taxis de l'île et nous faire conduire directement au village dont je guette, aujourd'hui encore, avec une émotion accrue par les ans, le surgissement au détour de la route dite de "la Colline", maisons groupées au pied de la verdure comme des œufs couvés par la forêt. De quoi faire poussiner les rêves ! »

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