Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
7 Mai 2026
Marcheur, mais non pas stakhanoviste de la déambulation, rêveur mais attentif à tout ce qui l'entoure, avec ses Plaisants vagabondages, Jean Claude Delayre nous invite à un voyage poétique, ô combien savoureux. Car tel est le mot qui ressort en premier de ses Fables, Fantaisies, Portraits et Ostensibles extravagances.
En ouverture, les Fables, nous ramènent au temps béni de l'enfance où l'on s'émerveillait de la puissance des mots choisis pour nous faire rêver ; histoires de bon sens qui voyaient nos amis les animaux avoir droit au chapitre. Quelques hommes aussi, il faut le reconnaître. La gageure n'était pas simple de se remettre dans les pas d' Ésope, de La Fontaine ou autre Florian, sans pour autant imiter leur façon. Jean Claude Delayre avec un esprit de grande liberté vis-à-vis de ses devanciers mais néanmoins avec la même rigueur pour conduire ses courts récits nous enchante de scènes frappées de malice mais aussi de douce bienveillance envers les êtres. L'idée de suspense qui s'évalue, vers après vers, n'est pas étranger à l'intérêt que l'on prend jusqu'à la chute qui n'est jamais abrupte ni moralisatrice mais toujours un brin espiègle. C'est ce qui fait la grâce de ces fables car la plume du fabuliste est fabuleuse d'invention. Sa véritable réussite cependant n'est-elle pas de nous rendre par la virtuosité de son style complice de ses facéties ?
Des qualités que l'on retrouve également dans la seconde partie de l'ouvrage intitulée Fantaisies. La virevolte continue. La même jouissance pour inventer des situations dont le lecteur tirera miel. Le même sens du délire apprivoisé qui égare pour mieux surprendre et enfin éblouir. Le vers a laissé place à la prose permettant ainsi de plus longs développements et des respirations plus amples. Cela autorise également de percutants dialogues où l'on sent l'art de l'homme de théâtre et de roman que fut l'auteur. Les thèmes balayés par ces proses facétieuses cependant ne sont jamais loin des préoccupations de notre monde. Le fantaisiste ne vit pas dans une île, ni dans une bulle. Et s'il prend subterfuge pour dénoncer les maux de notre temps ou défendre les êtres faibles, c'est pour mieux dépeindre les travers de notre époque qu' une présentation frontale nous aurait rebutés.
Pour les Portraits qui viennent en suivant, Jean Claude Delayre, a contrario, n' hésitent pas à faire cru dans la description de ce que l'âme humaine peut révéler de turpitudes. Le premier récit par son titre donne tout de suite le ton : Sonia, victime de violences conjugales. Le poète se fait alors juste pourfendeur des injustices, des ignominies, des perversités, dans des expressions qui nous remuent et nous interrogent. Que faisons-nous pour éviter tant de malheurs ? Le poète, quant à lui, fustige ces noirceurs et nous invite à des prises de conscience nécessaires. Il nous interpelle directement en brossant ces portraits douloureux. Et miracle de l'écriture, par la précision, l'émotion et l'incisif de sa plume, il réussit à nous rendre de chair et d'âme les caractères qu'il a choisis de présenter à notre empathie. Portraitiste mais surtout homme de cœur.
Les débats promettent d’être passionnés ! écrit Jean Claude Delayre pour conclure son ouvrage. Sans doute le seront-ils à la lecture de la quatrième et dernière partie au titre étrange, Ostensibles extravagances ! Étrange, disais-je, car les neuf histoires proposées ici ont visiblement but de nous porter hors du quotidien, vers des états qui peu à peu dérapent dans l'absurde ou l'inattendu. À la recette concoctée par l'auteur dans ces nouvelles extravagantes, ostensiblement dévoyées par l'esprit malin, on y reconnaît comme une pointe de poudre kafkaïenne qui pimente. Je ne cacherai pas non plus qu'on peut y trouver sous-jacents mais si réjouissants quelques accords d' humour à bas bruit. La philosophie que l'on peut tirer de ces succulences si magnifiquement offertes peut se résumer par ce questionnement : l'Homme, cette étrange bête, est-il le meilleur ami de lui-même ? Débattons ! Et vagabondons sans retenue aux côtés du plaisant poète.
Plaisants vagabondages, 136p, 15€ à commander chez l’auteur jcdelayre@laposte.net.
Daniel Malbranque
La mouette et le cerf-volant
Sur une plage de l’océan
Une mouette rieuse
Tomba amoureuse
D’un cerf-volant.
La chose n’est pas banale
Décrite dans aucune annale
Absente des films et des romans.
De mémoire de goéland
On n’a jamais vu excentricité pareille.
La lune et le soleil
Présents depuis si longtemps
Peuvent en dire autant.
Faut-il que notre petite mouette
Soit tombée sur la tête
Pour s’enticher d’un cerf-volant ?
On lui tourne le dos
Ses amis la rejettent
Elle n’est pas à la fête
Parmi les autres oiseaux.
Qu’importent les quolibets
Et le qu’en dira-t-on.
Pour protéger les amoureux
Il n’y a pas mieux
Que la passion.
Tant pis si le bonheur
A toujours une fin,
La mouette rieuse
Et son heureux amant
En auront profité
La durée d’un été.
À chaque heure du jour
Je les ai vus voler ensemble...
Je vous dois un aveu :
C’est moi qui tirais les ficelles du cerf-volant…