Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
30 Avril 2026
« La vie est ainsi faite – ainsi fête – qu’à des moments le plus souvent inattendus, imprévisibles, nous subissons tous et chacun des attirances, des coups de foudre passagers, des turbulences sensuelles, sentimentales, constructives ou destructives. Que serait d’ailleurs la vie sans ces attraits, ces engouements, ces turbulences, ces fascinations soudaines ou progressives qui jouent comme des sortilèges ? »
Ainsi s’exprime Jean-Pierre Otte, le maître d’œuvre de ce bel opus collectif auquel il a eu l’idée d’inviter 14 écrivains à un festin de mots autour d’un abécédaire allant de l’Âme pour aboutir au Zéro, en passant par le Hasard, la Nudité, le Plaisir et même le Wagon-lit !
Ils ont eu carte blanche pour choisir leurs thèmes et y inscrire leurs fantasmes d’écrivains, de conteurs, de penseurs et de poètes. La palette est foisonnante et nous sommes conviés à goûter à une belle ripaille de mots.
Donnons leur à chacun la parole, le temps d'une phrase.
- animalité : rencontre avec un sanglier : « Sans que je m'en rendisse vraiment compte, le jeu des muscles de la bête propageait leurs ondes ardentes dans ma chair qui s'en émouvait, tressaillait en profondeur, éveillant à vif une attente jusqu'ici inconnue. » (Myette Ronday)
- exploration haletante et vertigineuse du désir : « nous sommes tellement je veux dire d’une irrésistible attraction et aussitôt dans le désordre qui m’affolait du moins de n’être à peu près et ne pas oublier » (Christophe Manon)
- envie : « L’envie n’exige rien, elle guette, elle guérit du vide et promet l’ivresse du presque. » ( Patrick Corneau)
- frustration : « On rêverait que la poésie vienne de la contemplation de la beauté ; or, il est plus que probable qu’elle soit le passe-temps de la frustration, une manière de déroulé, sans issue de la mélancolie. » (Valéry Mollet)
- hasard : « Le hasard rigole, dévale ; débagoule, logorrhée ou plus simplement histoire que l’on s’imagine comme un amour perdu. » (Jean-Claude Tardif)
- vague à l’âme : « Douce mélancolie des amours incertaines, des rencontres d’un jour ou d’un soir. Petits bonheurs occasionnels dispersés à tout va. Subtile déclinaison du verbe être dans l’encrier de l’instant. » ( Valère-Marie Marchand)
- perte de vue : « Le beau temps reviendra. Il aura les yeux verts. Il connaîtra les feuilles et les fruits du désir. Il dressera au-dessus du dernier fleuve sa couronne de pluie tendre. Il poussera ses bourgeons amoureux très loin dans l’espace éclaboussé. » ( Luc Delisse)
- humour « En fait tout ça m’aura été presque toute la vie charabia, avant que l’âge siffle la fin des récrés. » (Marc Wetzel )
- rêve : « Fol rêve, mais le rêve parfois ne revient pas qu’au rêve, il anime le réel d’un chant occasionnel. Et au plus vif de la froidure, le poème qui espérait le retour de sa neige recueille la douceur de son floconnement. » (Sylvie Fabre G.)
- miroir : « Sans doute ne traverse-t-on qu’une seule fois le miroir
Du lac qui dort au fond de nous. » (Yves Arauxo)
- souvenir d’un jardin où « chaque année le recours aux livres, à la poésie et à la peinture aussi, cristallisait une sorte de demi-sommeil campagnard » (Didier Ayres)
J'ai relu cet abécédaire à trois reprises et n’en ai pas encore épuisé tous les sucs…
Jacques Ibanès
Abécédaire de l’amour occasionnel, 100 p., 14 € (éditions à l’index)
Trois derniers extraits pour finir :
Libre liturgie
« Avec la saloperie du soleil et son rhum, je veux voir, midi pile, tes seins qui scintillent. Je veux que la cohorte de tes cheveux m’emporte et rouler sous ton regard goguenard de fée je veux être sans fin. Sous le vieux saule, les brindilles d’amour que je te donne rutilent e cette pluie de jeune sourire que tu me soutires à coups de caresses. Tes fesses ! Tes fesses ! Tes fesses ! Sur la mousse je bois à ton pamplemousse. Embrasse-moi, prends ma main gantée de digitales. Elle t’invite à une succulente petite mort ! »
Daniel Malbranque
« J’ai vu cet aplat blanc mat de galets et de mouettes.
J’ai vue cette frêle entrée orchidée noire et piquetée.
J’ai vu un lointain fracas pâle.
J’ai vu au-delà des palmiers une embrasure tremblée.
J’ai vu la soie jaune du canari fluorescent et tape à l’œil.
J’ai vu cette tubéreuse mélodie offerte à l’horizon vanille.
J’ai vu l’ouverture blanche et jaune du frangipanier craquant de pétales.
Le plaisir crée sa propre fiction. »
Virginie Poitrasson
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Géographie mentale
« Contez-moi le Cantique des oiseaux, Farîd old-dîn Attar, poète de Nichapur.
La fable soufie des oiseaux. Leur voyage vers le mystérieux Simorgh. Avec, pour guide, l’oiseau merveille, la huppe :
J’ai survolé longtemps les plaines et les mers
les montagnes, les vallées, les déserts
Une cartographie des nuages, celle comme une enluminure persane. Au fil des distiques battus par l’air bleu des Sept Vallées coule le sablier des histoires. De rois, des mendiants, de fous, de princesses, d’esclaves.
Les oiseaux de la cantate ailée ? Ne sont-ils pas un peu nous ? Avec nos faiblesses. Avec nos tentations. Avec nos chaînes à rompre. Pour parvenir au pays de soi-même.
Il existe des migrations heureuses, c’est l’étrange beauté des mythes. »
Marie-Hélène Prouteau