Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
20 Décembre 2025
Le Club Poésie de l’Association Filomer à Sète se réunit une fois par mois pour parler de la poésie, des poètes, de la fabrique poétique. Chacun s’exprime et fait connaître les poètes et les textes qu’il aime.
Le petit groupe présente chaque année un spectacle poétique sur un auteur ou un thème : Pessoa multipoète ; Cendrars et ses Feuilles de route ; Cadou, Prévert, Perros les Trois de l’Ouest ; Poètes surréalistes; Poètes de la Méditerranée.
Et puis, nous avons notre « feuilleton », qui consiste à lire au fil des mois les poèmes d’un contemporain. Cette année, le choix s’est porté sur François de Cornière, dont Michel Baglin avait conçu en 1984 une monographie mémorable avec l’Atelier du Gué.
Le 16 décembre, François qui était de passage à Sète a rendu visite au Club et a évoqué durant deux heures son parcours poétique, un parcours illustré par de nombreux textes déclinés par les participants et deux chansons.
Un poème de circonstance l’avait accueilli, poème qui a été lu à deux voix par l’auteur et par celui à qui il était dédié.
2 Impasse de la Bordigue
à François de Cornière
Ce serait un jour gris, nuageux, venté, un peu avant Noël,
mettons le troisième mardi du mois.
Ce jour-là on se réunit au numéro 2 de l’impasse de la Bordigue à Sète.
Au fait, ça veut dire quoi Bordigue ? La cabane.
Nous sommes donc dans une cabane au bord des quais,
dans la réminiscence des roseaux, du clapotis de l’eau,
et du passage des aigrettes
Il ne ferait donc pas très beau. Les mauvaises langues qui n’y connaissent rien
diraient que ça ressemble un peu à un temps de l’Ouest.
On commencerait par arpenter les poèmes
des territoires de la Méditerranée.
On ferait le grand tour : l’Italie, la Grèce, les pays du Maghreb
l’Espagne et la France du Sud
Ungaretti Homère Cavafy Darwich Chédid
Lorca Machado Camus Char .
Après quoi, on se partagerait la parole de celui de Guérande
que l’on revisite à petites lampées chaque mois.
Celui-là nous distille « Un peu de nos vies ».
On comprend bien, à le lire, qu’en nous parlant de lui, il nous parle de nous.
Par exemple il nous dit :
« Dehors tout était gris sur la mer » et justement
nous y sommes en plein, dans le gris, et la mer mugit juste à côté.
Ou encore « À quoi tu penses ? »
C’est vrai, à quoi pensons-nous
quand nous nous retrouvons tous impasse de
la Bordigue à rameuter quelques lambeaux
de nos vies en compagnie de tous ces poètes
qu’on aime ressasser parce qu’on ressasse tout le temps nos souvenirs ?
Celui de Guérande
qui s’appelle François et même François de,
on se dit qu’il est loin de Sète, presque mille kilomètres,
mais en même temps chaque troisième mardi du mois,
il est proche de nous, il nous rend visite et il a fini par devenir notre ami.
Alors, on se prend à rêver (normal, dans une semaine ce sera Noël),
on se serrera autour du sapin avec les vivants et surtout
avec ceux qui se sont effacés mais qui sont toujours avec nous.
Oui, on se prend à rêver que François de Cornière
apparaît soudain dans notre petit Club Poésie,
il pousserait la porte du numéro 2 impasse de la Bordigue
et tout à coup on n’en croit pas nos yeux :
IL EST LÀ AVEC NOUS !
Jacques Ibanès