Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
8 Décembre 2025
Dans le paysage de l’écrit, Daniel Malbranque est un singulier olibrius. Fou de poésie, il n’hésita pas dans son jeune temps à partir sur les routes et à vivre durant des années de par le monde, dans le dérèglement des sens prôné par celui de Charleville. Trois volumes de ses dérives picaresques ont narré cette aventure et l’on attend le quatrième avec impatience.
Il est par ailleurs l’auteur d’une Grande Anthologie de la poésie francophone de l’an 900 à aujourd’hui qui figurera sans doute au Guinness des records si elle est un jour publiée, car elle est riche de 6638 entrées !
La valeureuse revue Encres Vives vient de lui consacrer un recueil (le 423ème !) sous le titre quelque peu mystérieux de Poèmes à la cire fondue. La cire fondue, c’est celle d’enluminures réalisées par Jean-Pierre Otte que Daniel a traduites en mots. Choc de deux imaginaires ! Ces poèmes (26 dizains) sont régal de gourmet par leurs multiples références mythologiques, historiques , géographiques, plastiques et, naturellement, poétiques. Défilent Ulysse, Rutebeuf, Verlaine, Withman, Poséidon et Dieu lui-même qui est un grand poète. Dans la jungle des mots où nous sommes entraînés, « le mystère est fable ».
Manifeste de la poésie qui fourmille
C’est par la jetée du milieu qu’on aborde
la terre sacrée des aïeux. Y sèchent
de grands cuirs d’ovibos qui attendent d’être
cardés en parchemins. Tout cela semble figé
mais qu’on ne s’y trompe pas : un seul signe
suffit à révéler la vie microscopique
qui fourmille au tréfonds des mots abscons
et que pauvres champollions de pacotille
nous nous échinons à déchiffrer et traduire.
Poésie se nommera la langue qui en jaillira
En même temps paraît un truculent recueil de Nouvelles Écrire et un crime parfait dans lequel le narrateur lui-même finira mal. Sous le signe de l’humour (et souvent de l’humour noir) l’auteur nous convie dans la sarabande de son existence vouée aux poètes : « Depuis très longtemps la Poésie avait envahi son existence. Comme une chose simple qui s’impose, elle lui était apparue à l’adolescence incontournable. Elle donnait sens à tout évènement. C’est elle qui, un temps, l’avait poussé sur les routes à la poursuite de quelque chimère, qui l’avait dévoyé et l’avait entraîné aux pires délices et inconsciences. Qu’en avait-il retiré ? Des vers, des vers, des vers et le sentiment pervers d’avoir approché le Mystère sans jamais l’atteindre. »
En dix textes drolatiques sont dévoilées les aventures de quelques Bergeracois où défilent tour à tour les mères de Verlaine et Rimbaud ainsi que la belle-mère de l’auteur. On boit du muscadet, on rencontre des filles, l’ombre de Nerval passe et une bande de joyeux drilles du Cercle des Illuminés mènent des sarabandes effrénées. Ils ont tous « manie de faire des rimes ou d’écrire des vers. Et surtout de parler, par métaphores, allusions, tournures alambiquée et autres figures de style ».
On retrouve chaque trimestre quelques-uns d’entre eux parmi une cinquantaine (où j’ai relevé les noms de cinq Texturiens) dans La Vie Multiple , un revue qui porte bien son nom. Le numéro 27 paru cet automne, est plein à ras bord de moult poèmes et proses de tous horizons, époques et continents, de photos souvent surprenantes et d'un entretien roboratif avec Ivan Pozzoni « Kung-Fu de l’anti-poésie ».
Jacques Ibanès
I DON'T CARE
J’ai vu la fille
que j’adorais
qui se prom’nait
gentille
au bras d’un autre
C’est pas d’sa faute
J’la connaissais depuis 2 jours
Mais elle devait m’aimer toujours
J’croyais vraiment
ses boniments
Elle jouait pour du beurre
Ça n’empêche pas
d’penser tout bas
qu’un jour bientôt
j’aurai du pot
j’saurai que faire
sur cette sale terre
Et j’f’rai l’amour
cent fois par jour
Pont Aven 03/06/1964
Gérard Le Hir (1929-1989)
Poèmes à la cire fondue ,32 p., 6 € Éditions Encres Vives,
Écrire est un crime parfait, 160 p., 19€ Éditions Danosi (chez l’auteur omd3@wanadoo.fr)
La Vie Multiple n° 27, 78 p. 11€ (chez l’auteur omd3@wanadoo.fr)