Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
2 Décembre 2025
Connaissez-vous quelqu’un qui soit capable de citer à la fois Spinoza et Louison Bobet, Montaigne et Jacques Anquetil ? C’est pourtant ce que fait avec brio le jeune Guillaume Martin, vélosophe branché sur France-Culture. Son objectif est de réunir deux publics en apparence éloignés, « les littéraires et les sportifs tout en démontant certains clichés attachés à ces catégories ».
« Il faut jouer pour devenir sérieux » proclamait Aristote il y a déjà plus de 22 siècles. Eh oui, c’est ce que réalise Guillaume Martin en imaginant le retour des équipes nationales dans l’épreuve phare du cyclisme qu’est le Tour de France. C’est ainsi que va se constituer une équipe gréco-latine cornaquée par Socrate avec de sacrés concurrents : Platon, Aristote, Diogène, Marc-Aurèle et consorts. On trouve également une solide équipe allemande dirigée par Einstein. S’y côtoient Kant, Nietzsche, Freud, Leibnitz mais aussi des coureurs cyclistes aux noms détournés : Erik Zadel ou Rudi Altich… Après de longs préparatifs subtilement décrits par l’auteur, la course peut démarrer en 21 étapes parsemées de surprises et de rebondissements. À la fois exposé philosophique et faux-reportage sportif, ce livre est un subtil délice de lecture.
La société du peloton se déploie en 8 chapitres qui suivront le déroulement d’une épreuve cycliste, allant de l’avant-course et de l’échauffement au débriefing et au résumé de la course. Chaque chapitre sonne juste et arrive à point nommé pour étayer des propositions philosophiques et de pertinentes observations. Tout y est évoqué sans tabou : la corruption, les soupçons de dopage, la tyrannie des datas. Sur ce dernier sujet, l’auteur va droit au but : « la société numérique s’est ratée : elle aurait pu être le lieu de rencontre parfait entre l’individuel et le collectif et elle n’est qu’une exacerbation des egos surdimensionnés ».
Mine de rien, tout en pédalant et en avançant, Guillaume Martin ouvre des pistes de réflexion, routes et sentiers, pour évoquer l’urgence climatique, la menace écologique, la tyrannie de l’immédiat et la science qui a montré ses limites. Servi par une écriture élégante et subtile, truffée d’échappées et de décalages, Guillaume Martin a écrit « une œuvre ouverte » que beaucoup d’honorables philosophes prétentieux feraient bien de parcourir afin d’ajouter quelques lignes d’humilité à leur abondante œuvre ennuyeuse.
N’hésitez pas à vous procurer pour une somme modique ces deux précieux recueils qui vous aideront à mieux décrypter la complexité de ce monde dans lequel chacun de nous est entraîné « à l’insu de son plein gré »…
Georges Cathalo
Socrate à vélo (Mon Poche éd., 2025), 216 pages, 8,20 euros
La société du peloton (Mon Poche éd., 2025), 192 pages, 7,90 euros.