Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
14 Novembre 2025
Parmi les écrits ayant un rapport direct ou indirect avec le thème de mon approche, on évoquera les ouvrages suivants : Un présent qui s’absente, L’alcool des vents et Les mots nous manquent. Voici quelques extraits de ces trois recueils afin d’illustrer et de conclure ce panorama thématique.
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Je rends grâce à ce curé m’avouant un jour que le doute était sa liberté.
et qui d’un coup me montra dans toute foi un questionnement plus grand que la foi,
des remous dans les eaux lustrales, du sens débordant le sacré,
dans les paroles des dieux, le chant innombrable des passeurs de symboles.
Qu’importe si je l’ai mal compris : je lui laisse ses orphelins chercheurs de croix,
mais lui rends grâce d’avoir ramené pour moi, à son insu peut-être,
une foule de croyants dans la communauté vivante des êtres d’inquiétude.
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Je rends grâce à ma naissance qui m’a fait Noir, même si ça ne se voit pas.
Arabe aussi. Et juif un peu, même si je ne crois pas qu’un dieu puisse me délivrer la carte d’identité des hommes.
Indien encore, et bien que trompé, pillé, exterminé depuis.
Dissident de quelque minorité ethnique. Minoritaire à l’heure des prises de pouvoir.
Oui, Noir, Indien, Juif, Arabe et dissident pour m’inventer des frères.
De ces frères tellement bafoués qu’ils n’ont plus de couleurs sur leurs drapeaux
et que leurs dieux leur ont tourné le dos.
(in L’alcool des vents)
Si les Lumières s’éteignent
Si la peur du sexe se réinstalle
Avec les religions dans les replis honteux
Des âmes pudibondes,
Si les pervers prétendent comme hier
Régenter l’amour et les corps
Et sur la morale faire main basse,
Alors la beauté et le plaisir charnels,
A nouveau avilis, devront se voiler la face
Et reprendre le maquis.
Si les mâles se mettent à redouter
Le tête-à-tête amoureux,
S’ils en viennent à perdre leur fierté
Et leur confiance à ce point
Qu’il leur faut humilier les femmes
Pour s’imaginer gagner leur respect
Ou seulement pouvoir les aimer,
Alors le niqab, la virginité forcée, l’excision
Et la pierre promise à l’épouse adultère
Souilleront longtemps encore
Les tables de la loi.
Si l’on renoue avec ces temps bénis
Où le dogme faisait foi,
Où l’on imposait aux enfants le catéchisme
En guise d’enseignement
Si les dieux redeviennent si médiocres
Qu’ils ne supportent plus la concurrence,
Ni le doute ni le blasphème,
Ni la liberté humaine
Alors nos utopies auront le goût frelaté
Des paradis cent fois promis, toujours perdus.
Si l’on jette la science aux orties et la raison
Avec Darwin et Galilée
Et la pensée critique redevenue suspecte,
Si quels que soient leur bible et leurs cieux
Des prêtres croient à nouveau pouvoir
Sacrifier l’esprit à la lettre,
Alors nous aurons atteint ce point de l’évolution
Où le génie humain n’aura servi
Qu’à donner voix à quelques dévots
Abrutis de certitudes, repus de textes pieux,
Qu’à répandre la haine et aiguiser les crocs
Des chiens de dieu.
(in Un présent qui s’absente)
L’Office des Laudes
À peine éveillé, un gros oiseau saute sur les tuiles et tambourine au-dessus du grenier en préparant son nid.
Figure de proue sur sa pierre, un cormoran s’aère les aisselles au beau milieu de la rivière dans la brume du jour qui lève.
La liturgie si simple des renaissances emplit l’air d’un parfum d’herbe neuve.
On en oublierait presque le qui-vive pour ne plus qu’écouter l’office des laudes, les louanges venant aux yeux avec les larmes de qui s’évade au petit matin par la fenêtre, quand la beauté s’impose et plane avec le milan noir au-dessus des berges, des champs, des chênes, de l’or éteint des feuilles du dernier automne.
C’est à peine si le renouveau s’annonce dans le vert velours feutrant le bout des branches qui crochetaient le ciel.
C’est à peine si le vent a cessé de passer sous les portes, à peine si le temps commence à battre aux moindres tressaillements.
C’est à peine si l’on s’ébroue dans les bruits d’ailes, les cris neufs, les bourdonnements.
C’est à peine que déjà l’on se demande combien on en verra naître encore de ces printemps sauveurs qui donnent à la vie sa mesure pleine.
Celle d’un bourgeon défroissé, d’un instant d’éternité, d’une parenthèse dans le néant.
(in Les mots nous manquent)