Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
31 Décembre 2024
C’est en novembre 2019 que parut aux éditions du Castor Astral une anthologie intitulée : « Le Livre de l’Autre ». Dans la préface de ce livre, Guy Rouquet, le responsable de l’Atelier Imaginaire de Lourdes, donne les raisons qui l’ont poussé à composer cet ouvrage. L’explication se trouve aussi dans le sous-titre : 30 écrivains racontent le rôle de l’autre dans la naissance de leur œuvre. L’argument de départ était le suivant : quelles sont les circonstances qui vous ont poussé à être écrivain et qui y a contribué ?
Michel, déjà gravement malade, fut l’un des premiers à répondre à Guy Rouquet. En quatre pages, il proposa une présentation des origines de son parcours littéraire. Sa participation, intitulée « L’autre en bout de ligne », évoque ses années de jeunesse où il croisa à 16 ans la route du chanteur Georges Brassens. Mais c’est surtout Jackie, rencontrée lors de l’adolescence, qui fut sa première lectrice. Elle fut à la fois exigeante et bienveillante comme Michel le souligne dans sa contribution dont nous avons retenu quelques extraits ci-dessous.
Hélas, Michel ne connut pas le bonheur de parcourir cette riche et originale anthologie de 192 pages puisqu’il quitta ce monde en juillet de cette même année.
Georges Cathalo
L’autre en bout de ligne
Ma première lectrice et ma lectrice de référence, voilà plus de cinquante ans qu’elle est la même. Elle est devenue depuis mon épouse.
Mais bien avant de la connaître, l’autre « initial » - le mentor sans le savoir – fut pour moi un chanteur : Georges Brassens.
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Brassens m’a ouvert un monde. Celui de la littérature, et plus largement de l’art. Avec, bien sûr, une belle approche de la musique (je n’ai jamais trouvé que ses mélodies fussent pauvres ou répétitives comme certains le prétendaient !). Ce sont néanmoins les textes, ses fables devrais-je écrire, qui m’ont convaincu que le pouvoir des mots était considérable.
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Je me suis alors essayé à composer des poèmes que j’espérais susceptibles de devenir des paroles de chansons. Sans grand succès, mais avec persévérance.
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J’en étais bientôt convaincu, si je persistais et si je recelais tant soit peu de talent dans mes tréfonds, je serais un jour écrivain.
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La première qui entra dans le secret fut celle qui devint ma compagne. Je lui révélais très vite ma passion pour Brassens et pour la chanson, et lui avouais assez vite combien j’étais travaillé par l’envie d’écrire. Des poèmes. Des romans. Des nouvelles. Je lui donnais à lire quelques essais. Infructueux, bien sûr. Ils finissaient tous dans la corbeille, car j’étais conscient de leur piètre facture. Mais je ne désespérais pas pour autant. D’autant moins qu’elle m’encourageait !
Ainsi mon épouse, Jackie, est-elle depuis belle lurette ma conseillère avisée, celle dont l’approche est décisive, en même temps que, bien souvent, une source d’inspiration, une « muse », aspect sur lequel je ne m’étendrai pas.
Qu’elle émette une réserve, et le doute est là, qui m’oblige à revoir ma copie. Elle n’est pas seulement la première lectrice des pages que je viens d’écrire, elle est aussi à mes yeux celle qui en mesure le mieux la portée sans doute et, surtout, l’intention.
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Elle qui me lit au présent mais aussi à la lumière de notre passé commun d’espoirs partagés dans l’écriture et la vie qu’elle nous réserverait, ne peut s’y tromper. Aussi lui fais-je une confiance quasi-totale.
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Pour autant, elle n’est pas nécessairement en accord avec ce que j’écris. Je veux dire qu’elle perçoit parfois, mieux que moi, qu’ici ou là j’ai raté quelque chose dont elle devine la teneur. Un passage à vide, sans grand intérêt, une image creuse ou sonnant faux, une évocation hasardeuse… Le plus souvent, elle a raison et j’en conviens, tachant de modifier, ou de supprimer, les lignes litigieuses.
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Ainsi ai-je écrit avec, penché par-dessus mon épaule, de façon concrète ou symbolique, cet « autre » qui est aussi, d’une certaine façon, le lecteur virtuel, celui que tout écrivain dessine au bout de sa pensée – en dehors de toute démagogie ou souci de plaire – et inscrit d’une certaine manière au bout de sa plume ou entre les touches de son clavier (car l’autre est toujours en bout de ligne).
Mais ici avec une nuance de taille : cette personne incarnant l’autre est ma compagne, la plus proche affectivement de mon univers. Et cette complicité, on le devine sans peine, ajoute encore pour moi aux charmes de l’écriture !
Michel Baglin Seilh, mars 2019
Sur cette photo prise par Jean-Pol Stercq le 30 mai 1996, on retrouve la plupart des jurés des prix Prométhée et Max-Pol Fouchet. Autour de Guy Rouquet (le premier à droite), on reconnaîtra Michel (le 3° en partant de la gauche) et Jacques Chancel (le 6° en partant de la droite). D’autres personnes connues de la littérature du XX° siècle sont aussi présentes : Patrice Delbourg, Noelle Chatelet, Jean Orizet, Alain Absire, …