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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

LAMBEAUX DE CHARLES JULIET

LAMBEAUX DE CHARLES JULIET

Charles Juliet est né dans l’ Ain en 1934 et mort à Lyon le 26 juillet 2024

«  Lambeaux »a été publié en 1995, après les 15 « années lentes » ( écriture solitaire) et la parution de plusieurs journaux intimes.

C’est un roman autobiographique où l’auteur dévoile la fêlure natale qui a déterminé sa vie d’homme et d’écrivain. Un destin en sorte de tunnel dont il sort victorieux grâce à l’écriture.

Il évoque sa génitrice dont il est séparé dès l’âge de trois mois, morte dans un hôpital psychiatrique pendant la deuxième guerre mondiale. Elle fut internée à la suite d’une dépression post natale et l’auteur garde en lui la culpabilité de cette mort.

Il parle également de sa mère d’adoption, une autre paysanne, mère de famille nombreuse, qui l’a élevé comme son fils avec une grande générosité et beaucoup d’amour.

Il nous révèle un destin hors du commun, une enfance paysanne, un passage douloureux dans l’armée «  Les enfants de troupe » et l’appel de l’écriture qui fut une thérapie salvatrice.

Le roman raconte d’abord la vie de la mère, celle qui lui a donné le jour.

Séparé d’elle très tôt, il ne peut la décrire ou la réinventer qu’à partir de témoignages et on comprend qu’il n’a pas eu beaucoup de relations avec sa vraie famille.

Alors ce récit nous semble fantasmé, idéalisé. Un maître de conférence disait que les récits autobiographiques recélaient un tiers d’authenticité, un tiers d’influences littéraires, et un tiers d’imaginaire.

Les influences littéraires ne devaient pas manquer à Charles Juliet qui fut un boulimique de lecture. On peut retrouver des images de paysannerie qui pourraient s’apparenter à Giono : la nature hostile, la pauvreté, le patriarcat, la vie des femmes laborieuse et effacée.

Quant à l’imaginaire, il l’a puisé dans sa propre quête, il fait de cette paysanne une personne différente de son milieu d’origine, brillante élève. Il lui donne son désir d’apprendre, désir de s’émanciper, désir d’aimer et d’être aimée. Comme lui plus tard, il lui fait tenir un journal intime.

«  Ainsi, jour après jour et sans t’en rendre compte as-tu pris l’habitude de tenir très régulièrement ton journal. »

Et il rentre au plus intime de sa pensée : «Tu voudrais que quelqu’un t’aide à débrouiller ces pensées confuses que tu ressasses. T’aide à répondre à ces questions qui se font de plus en plus pressantes et t’empêchent d’éprouver une nécessaire joie de vivre. »

Quand on poursuit la lecture on s’aperçoit que sa propre vie intérieure est à l’image de ce qu’il nous décrit de sa mère : solitude, désir de fuite, difficulté d’intégration dans un monde hostile, mal-être, état dépressif, tentative de suicide. Une interminable recherche de soi.

On perçoit la souffrance de l’écrivain à aborder ce sujet. Il se met à distance en employant le «  tu »

«  Tu es l’aînée et c’est toi qui t’occupes d’elles. Le plus souvent, la mère est dehors, dans les champs, à travailler avec le père. » Ainsi commence le récit.

Dans la deuxième partie, l’auteur parle de son enfance et toujours la même mise à distance.

«  Tu es le dernier des quatre enfants…après le drame, au début de l’année ton père t’a confié à M et Mm R, des paysans qui vivaient dans un village de la plaine… »

Lire ce roman, c’est comprendre la souffrance du nourrisson coupé en deux car séparé de sa mère, l’impossibilité de se définir, de percevoir qu’on est autre sans savoir qui est cet autre.

«  Te surveiller, te réprimer, finir par ne plus exister que comme à côté de toi-même. »

« tu attends que ta vie change, que cette avidité de vivre qui maintenant te possède trouve à s’assouvir. Que cet enfant perdu qui t’accompagne de ses sanglots soit enfin consolé. »

Lire ce roman c’est respirer le féminisme avant l’heure, donner la parole à ces femmes bâillonnées par le patriarcat.

«  Tu as la vague idée qu’en écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu’elles ont toujours tu. »

Lire ce roman c’est comprendre la contrainte de l’écriture, ce combat, cet engagement total.

«  Ce besoin d’écrire, indissociable de ton besoin du vrai, de ta passion pour l’art, qui a structuré ton être et ta vie »

Ce qui est frappant dans cette lecture, c’est la plongée dans l’intime, dans l’abîme de la pensée, il y a très peu d’action, pas de dialogues sinon ce soliloque intense. Le lecteur chemine intérieurement dans l’écrit.

Jean-Pierre Siméon dit :

«  je ne connais pas d’œuvre plus univoque que celle de Charles Juliet. Elle n’a qu’un seul objet : l’élucidation de soi, la mise à nu et à jour d’une vérité intérieure, lointaine, enfouie, perdue. » ( Préface de l’anthologie poétique « Pour plus de lumière »)

L’auteur lui-même nous interpelle en tant que lecteurs et en quelque sorte nous remercie de l’avoir suivi aussi loin.

« Dès l’origine, une exigence impérieuse m’a prescrit d’être vrai, de me défier des mots, d’avoir une parole nue.

De même, si on lit mes écrits sans avoir l’intuition, la connaissance de l’expérience intérieure dont ils sont nés, leur simplicité et leur dépouillement perdent toute signification. » ( in « Gratitude »)

           Annie Christau

LAMBEAUX DE CHARLES JULIET
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C
La mère de Charles Juliet est morte de faim .Dans les hôpitaux psychiatriques sous Petain on affamait les malades
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