Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
2 Septembre 2024
Le poète, dans son avant-propos écrit : « Tout peut arriver, ou rien, à nous de choisir ou d’être choisis. » (par l’instant ravi). Je ne sais si Jacques est choisi par ses poèmes, mais je vois qu’il médite à chaque instant et je me demande s’il le sait…Tant sa philosophie est secrétée comme naturellement par le quotidien. Cette philosophie de la vie, qui n’a l’air de rien, car elle vient d’une vie, prenant subrepticement, le faux air de l’ordinaire. Je parodie ainsi Perros, puisqu’il lui fait un clin d’œil, sans le nommer. Comment ne pas reconnaître le breton taiseux dans le rêve de Jacques ? « Et si la moto s’arrêtait devant ma porte » On parlerait de « la Bretagne que j’aime comme une sœur ».
Une moto, Jacques en a une, elle épouse les lacets qui mènent à Castans, où le poète se fait assurément posséder par sa maison, comme il le pressent. L’iris de Suse. C’est son nom. Elle est le pilier d’une aventure littéraire, musicale, amicale, amoureuse, où sont recueillis les instants. Un pilier solide de la joie profonde et du désespoir furtif ou latent qui se faufile entre les lignes. Avec le poète de passage, « il est question de joies et de peines, de nos enfances cabossées. » On y pleure parfois les morts, puisqu’ils le méritent, mais on y vit :
« A jouir la vie
dans la cuisine je fais la fête »
On y fait la sieste érotique et musicale, « la sieste Satie » On y reçoit quantité d’amis, mais on la quitte pour mieux y revenir
« ô joie de partir sac sur le dos
le chapeau est mon toit
la veste mon armure »
Kaléidoscope des jours, même contemplatif, le poète assis devant son Mont Fuji à lui, voyage.
« Je m’anime vertical
dans le temps étalé
mobile dans l’immobilité »
Il voyage en rêve, il lit, il cite Marc-Aurèle et Sénèque auxquels il emprunte plus qu’il ne croit, accueillant aussi parfois la synchronicité jungienne des heureuses coïncidences. C’est alors que les instants ravis nous ravissent aussi car ils donnent l’épaisseur d’une vie tranquille. Il suffit de quelques amis sur la terrasse le soir, au clair de lune, d’un regard sur la lointaine forêt verte et ses animaux de passage et le tour est joué. La vie est dans le sac. Jacques ne demande rien de plus et c’est cela qui le fascine et nous avec. Voici sa profession de foi :
« les instants ravis s’égayent librement
à la volée au fil du temps
Ils donnent l’illusion que quelque chose ne s’est pas perdu
que la vie n’a pas été inutile
Enfin
j’ai envie de le croire »
Annie Coll
Instants ravis, 84p. 15 € (Audasud L’An Demain éditions)
Leitmotiv
Ce besoin de garder trace
de menues choses
qui n’intéressent personne
Juste pour marquer avec reconnaissance
le privilège d’être au monde et
d’en célébrer la beauté et la joie
Quant au désespoir
il demeure pelotonné
dans les corridors d’une autre solitude
Je l’ai tant bien que mal
apprivoisé