Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
18 Janvier 2024
En 2015, j’avais eu le bonheur de rencontrer Habiba Djahnine à Sète, lors du festival Voix Vives. Elle y lisait « Fragments de la maison »
Je la retrouve avec la même émotion dans « Traversée par les vents »
Habiba Djahnine voit le monde en couleur : jaune fragile d’un soleil qui se lève, vert vertige de l’olivier millénaire ou encore ce « gris amnésique ». Mais il y a des drames aussi derrière la couleur.
« La Méditerranée n’est pas bleue/ elle est rouge sang »
Elle rêve, Habiba, et ses rêves sont hantés de fantômes. « Est-ce que rêver est espérer ? » se demande-t-elle. Ses rêves la conduisent vers « une terre inconnue » à travers « un désert brumeux ».
Elle évoque la frontière, lieu d’une « interminable attente » où s’agglutinent les exilés. Malgré la précarité de leur vie, ce sont des « moments suspendus espoirs au bout » et on se prend à espérer avec ces réfugiés à une autre vie.
Tantôt « je » tantôt « elle », la poétesse « se sait proche d’une poésie de combat », et elle dénonce et questionne inlassablement. La réponse se trouve sûrement dans la poésie, ne le dit-elle pas ?
« La poésie est une réponse à la complexité de l’existence. »
Mais il y a la peur qui fait soudain éruption, cette « peur en héritage » qui, en transformant nos vies en « champs de mines » peut nous faire basculer. La peur, dont il est si difficile de parler, la peur « incrustée dans nos corps comme une mauvaise peau. »
Ces poèmes sur la peur sont à la fois âpres et salvateurs, car, toujours, Habiba Djahnine tend vers l’espoir et la lumière.
Et puis elle nous emmène « fouler l’éternité » dans son désert : le Sahara. Là, dans cette immensité, on peut regarder loin et entrevoir « le sens du grand voyage. » On y fait de curieuses rencontres : un caravanier, un dromadaire, des déserteurs. Le désert où se sont déroulés les essais nucléaires de l’armée française en 1961.
« Les entrailles de la terre ont gémi
Désarroi destruction agonie »
L’écriture de Habiba Djahnine, pleine d’une gravité aux accents délicats, m’a séduite. J’ai aimé sa faculté à traduire ses émotions en images, nous entraînant toujours plus loin, dans ses rêves, sa peur et à travers son désert secret. Alors, laissons-nous emporter « loin des mirages de l’esprit ».
Régine Bernot-Philippe
Traversée par les vents 74 p. 14€ Éditions Bruno Doucey