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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

TRAVERSÉE PAR LES VENTS PAR HABIBA DJAHNINE

TRAVERSÉE PAR LES VENTS PAR  HABIBA DJAHNINE

En 2015, j’avais eu le bonheur de rencontrer Habiba Djahnine à Sète, lors du festival Voix Vives. Elle y lisait « Fragments de la maison »

Je la retrouve avec la même émotion dans « Traversée par les vents »

Habiba Djahnine voit le monde en couleur : jaune fragile d’un soleil qui se lève, vert vertige de l’olivier millénaire ou encore ce « gris amnésique ». Mais il y a des drames aussi derrière la couleur.

« La Méditerranée n’est pas bleue/ elle est rouge sang »

Elle rêve, Habiba, et ses rêves sont hantés de fantômes. « Est-ce que rêver est espérer ? » se demande-t-elle. Ses rêves la conduisent vers « une terre inconnue » à travers « un désert brumeux ».

Elle évoque la frontière, lieu d’une « interminable attente » où s’agglutinent les exilés. Malgré la précarité de leur vie, ce sont des « moments suspendus espoirs au bout » et on se prend à espérer avec ces réfugiés à une autre vie.

Tantôt « je » tantôt « elle », la poétesse « se sait proche d’une poésie de combat », et elle dénonce et questionne inlassablement. La réponse se trouve sûrement dans la poésie, ne le dit-elle pas ?

« La poésie est une réponse à la complexité de l’existence. »

Mais il y a la peur qui fait soudain éruption, cette « peur en héritage » qui, en transformant nos vies en « champs de mines » peut nous faire basculer. La peur, dont il est si difficile de parler, la peur « incrustée dans nos corps comme une mauvaise peau. »

Ces poèmes sur la peur sont à la fois âpres et salvateurs, car, toujours, Habiba Djahnine tend vers l’espoir et la lumière.

Et puis elle nous emmène « fouler l’éternité » dans son désert : le Sahara. Là, dans cette immensité, on peut regarder loin et entrevoir « le sens du grand voyage. » On y fait de curieuses rencontres : un caravanier, un dromadaire, des déserteurs. Le désert où se sont déroulés les essais nucléaires de l’armée française en 1961.

« Les entrailles de la terre ont gémi

Désarroi destruction agonie »

L’écriture de Habiba Djahnine, pleine d’une gravité aux accents délicats, m’a séduite. J’ai aimé sa faculté à traduire ses émotions en images, nous entraînant toujours plus loin, dans ses rêves, sa peur et à travers son désert secret. Alors, laissons-nous emporter « loin des mirages de l’esprit ».

         Régine Bernot-Philippe

Traversée par les vents 74 p. 14€ Éditions Bruno Doucey

TRAVERSÉE PAR LES VENTS PAR  HABIBA DJAHNINE

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