Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

DAÏRA POUR LA MER DE NASSUF DJAILANI

DAÏRA POUR LA MER DE NASSUF DJAILANI

Dès les premières pages, Nassuf Djailani, écrivain originaire de Mayotte, nous ouvre la porte de son pays mais ce n’est pas une carte postale qu’il nous donne à voir. Il faut oublier « la baie émeraude, saphir, cristalline » car c’est d’une autre réalité dont il est question, un quotidien où l’on sent sourdre une certaine violence. Ici, on lutte pour sa survie face aux bouleversements de l’île.

« Dos à la case en torchis les engins fouillent la terre

le manguier un boa à la renverse

elle n’en fera plus des tas

son seul revenu quand la rizière s’assèche. »

Car, au-delà du labeur, il y a la vie donnée par la femme qui a toute sa place dans les vers du poète. Même s’il annonce la mer dans le titre, mer qui baigne les rivages de l’île, il évoque aussi la mère, celle qui donne la vie et apaise les souffrances.

« Les femmes portent

en plus de la vie

le fût remonté du puits. »

Daïra, ce mot étrange qu’on trouve dans le titre questionne. Les daïras ou dahiras sont des prières chantées qui se terminent par des danses ou l’on se tient par la main. Ces litanies chantées et dansées peuvent durer toute la nuit. Les femmes le pratiquent assises, genoux contre genoux. C’est un chant prière qui essaime de village en village, où le groupe revêt toute son importance.

Sous une forme plus prosaïque, c’est ce chant prière que reprend le poète pour raconter son île et ses habitants. On est vite happé par le rythme du chant, de la danse et de ces corps qui s’agitent et se touchent.

« À mesure que les hanches se tortillent

Les pieds semblent s’enfoncer

Dans le sol qi s’empoussière

Les jambes se frôlent

Les mots délirent

Les corps suent. »

On ne dira jamais assez la puissance évocatrice des mots et le poète évoque « ces mots anodins qui n’ont l’air de rien » mais qui pourtant creusent leur sillon, ils sont un partage contre l’oubli

« le chant s’oppose à l’effacement de la trace »  

Les poèmes du poète Comorien, courts, longs où le kibushi, sa langue maternelle, alterne avec le français, nous invitent à nous perdre dans le quotidien de sa vie et il semble que ces vers sont écrits pour être dits à voix haute, peut-être scandés comme une prière.

Le recueil se clôt sur l’oraison d’un tirailleur et sur des élégies pour deux femmes.

C’est beau, sobre et émouvant comme ces derniers mots qu’Habiba Ali adresse à l’enfant.

« À l’enfant

tu dis

que ta peine

n’est que poussière

dans l’œil. »

              Régine Bernot-Philippe

Daïra pour la mer Éditions Bruno Doucey Collection : L'autre langue112 p. 14€

 

DAÏRA POUR LA MER DE NASSUF DJAILANI
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article