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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

POUVOIR DE L‘ÉCRIT

POUVOIR DE L‘ÉCRIT

Il y a quelques années, j’ai été lectrice bénévole en Maisons de retraite, expérience qui m’a beaucoup plu, beaucoup apporté et qui, je l’espère, aura contribué à adoucir la vie recluse des résidents de ce club de lecture. Je m’estimais à leur service aussi ce sont eux, en général, qui décidaient du choix des lectures.

C’est ainsi qu’un ancien avocat parisien, féru de littérature, m’a fait cette demande pour le moins difficile à satisfaire : « Madame, j’aimerais que vous me lisiez avant que je meure tout ce que je n’ai pas eu le temps de lire » ; il ne vous étonnera pas que je n’y sois pas parvenue malgré ma bonne volonté mais nous avons passé des heures délicieuses, d’autant qu’il voulait entendre des auteurs qui, comme Goethe, m’étaient chers.

Une dame presque centenaire, ancienne enseignante, me demanda de lui lire Du côté de chez Swann ! Pourquoi pas, mais j’imaginais d’emblée qu’il ne serait pas facile d’enchaîner les longues phrases alambiquées de Marcel Proust ; finalement je crois m’en être pas mal sortie grâce une certaine maîtrise de mon souffle et à de petites astuces comme reprendre le sujet après une longue incise.

Mais venons-en à la force, au pouvoir de l’écrit. Un petit groupe se mit d’accord, un jour, pour le prochain titre : ce serait Le Hussard sur le toit de Jean Giono dont l’animatrice de la Maison de retraite venait de leur visionner le film. Me demander à moi,gionophile sinon gioniste, si j’étais d’accord : et comment ! Mes audio-lecteurs n’évaluèrent sans doute pas quel cadeau ils me faisaient là.

Un de ces lundis de lecture, alors que je leur avais lu un passage relatif à la lutte acharnée du pauvre médecin impuissant à juguler l’épidémie de choléra, celui où il
est question de vomi ressemblant à du riz au lait (j’en veux à Giono d’avoir associé mon dessert préféré à un déchet si peu ragoûtant !), je les quitte et, en redescendant l’escalier, passant devant des toilettes, je m’arrête, me dirige vers le lavabo et me lave longuement et méticuleusement les mains ; quand j’eus fini, je fus prise d’un trouble : alors que je n’avais pas particulièrement les mains sales, que je n'avais pas de sang sur les mains comme lady Macbeth, 
pourquoi un tel acharnement à les laver ? J’ai vite compris que c’était par pure mesure prophylactique, pour me laver du choléra ! Preuve, s’il en était besoin, que chez Giono la fiction rencontre, sinon dépasse la réalité. Preuve du pouvoir de l’écrit.


             Catherine Hilaire

POUVOIR DE L‘ÉCRIT
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