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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

MAURICE FOMBEURE : L'ENFANCE EN POÉSIE

MAURICE FOMBEURE : L'ENFANCE EN POÉSIE

L’œuvre poétique de Maurice Fombeure est forte de 23 titres dont les principaux sont : Silences sur le toit (1930), À dos d’oiseau (1942), Arentelles (1943), Aux créneaux de la pluie (1947), Les étoiles brûlées (1950), Pendant que vous dormez (1953), Une forêt de charme (1955), Sous les tambours du ciel (1959), Quel est ce cœur ? (1963), À chat petit (1967).

Maurice Fombeure est né le 23 septembre 1906 à « La Rue », hameau de deux feux, commune de Jardres dans la Vienne. Sa mère, Mélanie Juliette, meurt treize jours après. Maurice et son père Louis, partent à Ogeron, hameau commune de Bonneuil-Matours où résident ses grands-parents maternels Eugénie et Alphonse Daillet avec l’arrière-grand-père Puisais qui lui fera découvrir la Forêt de Moulière.

Maurice Fombeure commence à être publié à 20 ans. Julien Lanoë écrira quelques années plus tard dans sa préface à Silences sur le toit dédiée à Carmen Javaugues :  « Il projette ses poèmes devant lui comme son ombre. Je ne connais pas de filiation plus directe : naissance naturelle de la poésie, imitant Vénus sortie de la mer. Poésie jaillie tout droit du sol ferme, à la manière des fleurs. Tendre effort de la terre lourde. Équilibre de la grâce ». Fombeure dit son désir d’une poésie qui ne soit pas cérébrale, mais une poésie qui parle au cœur. Une poésie à l’écoute des chansons d’autrefois, des complaintes des gens de peu, des va-t-à-pieds, des cœurs fracassés, et des comptines qui bercent les élans enfantins. Et ce retour en avant s’exerce dans une fraîcheur, une innocence célébrant la vie animale, la présence végétale et l’attention portée aux hommes. André Salmon écrira dans la belle préface à D’amour et d’aventure : « Solidement planté sur la terre, authentique terre des champs ou bitume, cette terre cuite, des trottoirs de Paris, Maurice porte aisément la tête haute sans pourtant adresser au ciel aucun cri, et sans le moindre geste, les mains enfoncées aux poches, pour plus de certitude. […] Les yeux hauts, il trouve au ciel étendu sur la ville et les champs sa loi d’identité. » Maurice Fombeure invente un art très personnel qui fait dire à Salmon : « La franche poésie enfin a sauvé le monde ».

De quoi est faite cette franche poésie ?

Maurice Fombeure ne cherche pas sa voie, tant il est vrai qu’il possède une voix. Bien sûr, il a lu les poètes, Les quatre grands seront toujours là : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire ; et l’immense François Villon. Mais Maurice Fombeure trace son propre sillon en poète paysan. Au commencement, il y a la mort de la maman. Le thème de la mort et la rencontre avec la femme, avec sa femme, Carmen, l'amour de la femme, lié à la mort de la femme, la mère, s'imposent naturellement dans l'œuvre. Le poète ne dit pas la mort, mais laisse le poème dire la mort à sa place. Maurice est au monde, dans son village, avec les bêtes, les hommes et les pauvres gens, et même ceux qui sont moins pauvres, observés en regard fraternel ou malicieux. C'est l'environnement qui tempère l'angoisse de la mort, légère et sans crainte quand Maurice est jeune, plus marquée au fil du temps. La mélancolie de vivre est le sentiment dominant qui innerve l'œuvre de bout en bout, une quarantaine d'années. Il y a d’abord l'élément aquatique, rencontré sous toutes ses formes (ruisseau, fontaine, mare, rivière, flaque, flâche, fleuve, océan). Il n'est guère que le torrent qui n'apparaît pas dans l'œuvre. De cette attention à l'eau surgissent le terrestre et le céleste. La terre est un autre élément important, plus ambivalent, tour à tour et même à la fois, protectrice, généreuse et tendre, et source de peur, d'épouvante et d'effroi. La terre n'existe pas sans l'eau. Elle n'est pas nourricière. Elle n'est pas familière de la présence de la mère. Mais elle porte les grands arbres qui tutoient le ciel et laissent tomber dans l'air comme une fraîcheur divine. La forêt de Moulière pèse sur cette terre où circule et s'emploie une grande assemblée d'hommes mue par une forte convivialité, en connivence permanente et naturelle avec les animaux. Le céleste, c'est l'autre bout du monde. Il est vu le jour comme pommelé, vert tendre qui évite les peurs. Mais le ciel prend toute sa dimension la nuit, vaisseau des songes. Ambivalence qui enchante et effraie. La nuit charrie le fantastique, le féérique, la tapisserie des êtres fabuleux qui nourrissent l'espoir. La lune luit dans le ciel sombre. La licorne est alors sollicitée pour contraindre la lune, pour la fixer de sa corne unicorne. Il reste à inventer des jeux de langage pour conjurer la dangereuse attraction, le sentiment de proximité avec le drame qui ouvre les portes de l'éternité. Il y a le paradis, certes, avec les gueux et les animaux. Mais surtout le défi à la divinité qui est de vivre la métamorphose engendrée par l'amour de la femme aimée. Avoir écouter à plus soif la cathédrale engloutie avec celle qui jouait au piano, immense piano de noyer noir, et se laisser glisser dans les eaux familières entre deux reflets de cyprès, voilà le destin du poète qui ne craint pas le jugement dernier. Acquiescement aux choses, aux êtres vivants, animaux humains et non humains, aux échos, résonances et reflets, et construire une aventure personnelle d'homme attentif aux battements de cœur, telle est la voie singulière et confiante que le poète en son art, si fin et si subtil, chérissant l’enfance en une sorte de gaîté grave, a su inventer en offrant fraternellement au lecteur les mouvements enivrants de son silence éternel.

Maurice Fombeure écrivait en 1926 dans une lettre à Hélène Javaugues, la sœur de Carmen, qu’il aimerait bien avoir « sur la tête quelque épitaphe de ce genre :

Il portait sur sa lourde épaule

Sa destinée comme un oiseau

Maintenant il dort sous les saules

En écoutant le bruit des eaux »

 

               Philippe Pineau

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