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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

ERRI DE LUCA : LA NATURE EXPOSÉE

ERRI DE LUCA : LA NATURE EXPOSÉE

Un sculpteur, plus artisan qu’artiste se fait chasser de son village de montagne car il est trop médiatisé. On parle de lui comme d’un contrebandier au bon cœur qui rend l’argent aux migrants. Cette promotion tue le commerce des autres contrebandiers. Il doit quitter le village.

Il échoue dans un village de bord de mer et accepte de restaurer une statue de christ en croix.

Narration oblige, le récit qui pourrait être un essai philosophique est en réalité un roman. Le sculpteur est pourchassé, trahi, vit une désillusion amoureuse mais cela reste en flou artistique derrière le dialogue spirituel entre humain et divin. La pureté est au bout du chemin.

Erri de Luca, raconte une histoire qu’il a entendue mais qui sonne comme une autobiographie.

On y retrouve les thèmes chers à l’auteur : le peuple, son humilité, sa générosité, sa tolérance.

La simplicité humaine dans la richesse des sentiments, le dialogue entre le profane et le sacré.

Dans sa préface Erri de Luca dit : «  La nature exposée vient d’une écoute. C’est un récit théologique : si le monde et les créatures vivantes sont l’œuvre d’une divinité, tout récit l’est forcément ; pour ma part j’exclue l’intervention divine de mon expérience, pas de celle des autres. Avec le tutoiement des colères, des compassions, je ne peux m’adresser qu’à l’espèce humaine. »

Le texte est rédigé de façon poétique avec une grande exigence d’écriture.

« Comme j’escalade une paroi, mon écriture exige que je tourne le dos à tout et que je me concentre sur la surface étalée devant mon nez, avec la plus grande précision possible. »

Face au sort des migrants, on devine générosité et compassion qui semblent venir de l’expérience sociale de l’auteur : la connaissance du commun à l’ouvrage et de la misère qu’il a côtoyée enfant.

Sa famille bourgeoise a été ruinée pendant la guerre.

Après avoir fui le foyer familial, tôt dans sa vie, Il multiplie les métiers manuels : ouvrier spécialisé chez Fiat à Turin, manutentionnaire à l'aéroport de Catane, maçon en France et en Afrique, conducteur de camions. Il s’engage socialement et politiquement pour défendre les plus démunis.

A propos des migrants, il fait dire au héros de son livre, passeur au grand cœur : « Depuis quelques temps, des étrangers désorientés arrivent au village. Ils essaient de passer la frontière… Ils les appellent des réfugiés, pour moi ce sont des voyageurs d’infortune qui en ont eu trop à la fois ; ils tentent de s’en débarrasser avec le voyage. »

Le narrateur ne cherche pas la richesse, Il prend l’argent des réfugiés et le rend au bout de la traversée. « Je parle sérieusement, je revenais léger sans cet argent, sans le poids de la fatigue de la nuit de l’aller. »

Le passeur est un montagnard qui connaît les passages comme personne. On retrouve l’auteur passionné d'alpinisme, sujet sur lequel il a écrit de nombreux articles ainsi qu'un livre, Sur les traces de Nives. Il est également passionné d'escalade, qu'il a découverte tardivement et qu'il a pratiqué à haut niveau. Il parle ainsi des montagnes : « Ils sont cocasses ces états qui mettent des frontières sur les montagnes, ils les prennent pour des barrières. Ils se trompent, les montagnes sont un réseau dense de communication entre les versants, offrant des variantes de passage selon les saisons et les conditions physiques des voyageurs. »

Bien qu'il se dise athée, Erri De Luca lit quotidiennement la Bible et a appris l'hébreu ancien pour pouvoir lire et traduire les textes sacrés. Dans son récit, il est question de tolérance, c’est un dialogue avec le divin, en toute humilité.

L’œuvre comporte des passages d’une grande spiritualité : « En quelques mois j’ai fréquenté un curé, un ouvrier musulman, un rabbin. Ils m’ont permis de me mettre à leurs balcons, où j’ai éprouvé des vertiges qui me sont inconnus lorsque j’escalade les précipices. La divinité ne se trouve pas dans les atmosphères célestes, pauvres en oxygène, elle se trouve en dessous, comme fondement du vide et du balcon. Les paroles de leurs écritures sont des prises pour aller et revenir de l’abîme. »

Au cours de la restauration apparaissent des fragments d’écriture, l’auteur nous dit sa passion pour l’hébreu et pour les saintes écritures « gravé sur la croix, le bois devient une écriture »

 La statue comporte des inscriptions, des traces symboliques. Le sculpteur engage au cours de son travail un dialogue avec la divinité. 

« Le corps du crucifié sert de pont entre l’ancien et le nouveau testament »

Humilité, compassion, injustice, abandon, la restauration de la statue établit des aller-retour entre le profane et le sacré de façon à restituer une expression lucide de la souffrance humaine.

« La nudité du crucifié suscite la vieille pitié pour la nature sans défense. La torture de la position culmine dans cette partie dénudée. »

Erri de Luca met son sculpteur devant l’humilité de la création, la statue devenue divinité n’acceptera son travail que s’il se débarrasse de tout sentiment de fierté.

Une expérience amoureuse vient rythmer le travail du sculpteur et la perturber, il est gêné dans son avancée créatrice et spirituelle. Il est trahi par la femme à qui il avait fait confiance. On sent que dans le livre ceci est traité comme une chose de moindre importance. L’humain face au divin se place au second plan.

C’est un livre qui se lit et se médite. On y retrouve l’auteur engagé, ancré dans ses racines sociales et ouvrières, le montagnard et l’alpiniste chevronné, l’amoureux des écritures (de son père, il conserve son amour pour les livres, pour « le livre saint » et l’écriture sacrée)
Le poète dans son partage désintéressé nous fait don de son texte.

Actualité littéraire :

Son dernier ouvrage  est un recueil de nouvelles : Grandeur Nature

Un quarto Gallimard lui est consacré

          Annie Christau

Erri De Luca, né Enrico De Luca le 20mai 1950 à Naples, est un écrivain, journaliste engagé, poète et traducteur italien contemporain. Il a obtenu en 2002 le prix Femina étranger pour son livre Montedidio et le Prix européen de littérature en 2013 ainsi que le Prix Ulysse pour l'ensemble de son œuvre.

Fondazione Erri De Luca

Fondazione Erri De Luca

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