Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin
25 Septembre 2021
IMPLOSION
Toulouse, vendredi 21 septembre, 10 heures 20. Une explosion vient de souffler le complexe chimique, que tout le monde ici appelle encore l’ONIA, au sud de la ville.
Terrifiante.
Au fil des heures, on apprend que les morts se comptent par dizaines, les blessés par centaines, les sinistrés par milliers.
Un nuage ocre s’étire sur l’agglomération.
Les Toulousains, abasourdis, semblent ne pas parvenir à réaliser : vient de se produire ce qu’ils redoutaient depuis des décennies, ce que des générations avaient prdit sans être vraiment prises au sérieux.
Le quotidien régional, La Dépêche du Midi sort une édition spciale titrée « Le drame ». Le lendemain, ce sera « L’horreur » : on aura pris la mesure de la catastrophe.
Puis les titres se déclinent les jours suivants : « Le traumatisme », « Le scandale » et enfin « La colère ». Entre temps, l’enquête a avancé, le débat s’est ouvert et l’hypothèse de l’accident, en dépit des rumeurs plus ou moins entretenues – il y a deux jours à peine que le monde a été bouleversé par les attentats aux États-Unis – est apparue la plus plausible. Mais on parle aussi d’une « poubelle chimique », d’une « usine dépotoir », mettant du même coup en accusation le complexe AZF, sa direction et son propriétaire, Total-Elf-Fina, ce qui n’est évidemment pas du goût de tout le monde.
Michel Baglin (extrait) in Toulouse sang dessus dessous (Loubatières, 2001)
C’était un vendredi,
le matin lumineux
d’un mois de septembre
qui sentait le raisin.
Je me souviens
d’une explosion furieuse
libérant l’épouvante
du tréfonds des mémoires.
La pluie d’acier,
le fiel de l’usine
en tourbillons rageurs
et le soleil, soudain, escamoté.
Je me souviens
d’un ciel vide d’oiseaux
et ce nuage ocre qui flottait
au dessus de notre débâcle.
Toitures naufragées,
façades énucléées
et ventres béants des maisons
affalées dans leurs vomissures.
Je me souviens
du sang en éclaboussures
de vermeil, grenade
éclatée sur le bitume
Et le tranchant des cris
sur les chairs à vif,
les regards de noyés
dans la violence des sirènes.
Je me souviendrai
demain et plus loin encore,
tatouage d’effroi
sur ma peau de mémoire.
Régine Bernot (inédit)