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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

POÈMES ET TEXTES EN MIROIR 15 AZF

POÈMES ET TEXTES EN MIROIR 15 AZF

                                  IMPLOSION

Toulouse, vendredi 21 septembre, 10 heures 20. Une explosion vient de souffler le complexe chimique, que tout le monde ici appelle encore l’ONIA, au sud de la ville.

Terrifiante.

Au fil des heures, on apprend que les morts se comptent par dizaines, les blessés par centaines, les sinistrés par milliers.

Un nuage ocre s’étire sur l’agglomération.

Les Toulousains, abasourdis, semblent ne pas parvenir à réaliser : vient de se produire ce qu’ils redoutaient depuis des décennies, ce que des générations avaient prdit sans être vraiment prises au sérieux.

Le quotidien régional, La Dépêche du Midi sort une édition spciale titrée « Le drame ». Le lendemain, ce sera « L’horreur » : on aura pris la mesure de la catastrophe.

Puis les titres se déclinent les jours suivants : « Le traumatisme », « Le scandale » et enfin « La colère ». Entre temps, l’enquête a avancé, le débat s’est ouvert et l’hypothèse de l’accident, en dépit des rumeurs plus ou moins entretenues – il y a deux jours à peine que le monde a été bouleversé par les attentats aux États-Unis – est apparue la plus plausible. Mais on parle aussi d’une « poubelle chimique », d’une « usine dépotoir », mettant du même coup en accusation le complexe AZF, sa direction et son propriétaire, Total-Elf-Fina, ce qui n’est évidemment pas du goût de tout le monde. 

                  Michel Baglin (extrait)                                                          in Toulouse sang dessus dessous (Loubatières, 2001)

POÈMES ET TEXTES EN MIROIR 15 AZF
              JE ME SOUVIENS…

 

C’était un vendredi,

le matin lumineux

d’un mois de septembre

qui sentait le raisin.

 

Je me souviens

d’une explosion furieuse

libérant l’épouvante

du tréfonds des mémoires.

 

La pluie d’acier,

le fiel de l’usine

en tourbillons rageurs

et le soleil, soudain, escamoté.

 

Je me souviens

d’un ciel vide d’oiseaux

et ce nuage ocre qui flottait

au dessus de notre débâcle.

 

Toitures naufragées,

façades énucléées

et ventres béants des maisons

affalées dans leurs vomissures.

 

Je me souviens

du sang en éclaboussures

de vermeil, grenade

éclatée sur le bitume

 

Et le tranchant des cris

sur les chairs à vif,

les regards de noyés

dans la violence des sirènes.

 

Je me souviendrai

demain et plus loin encore,

tatouage d’effroi

sur ma peau de mémoire.

            Régine Bernot (inédit)

POÈMES ET TEXTES EN MIROIR 15 AZF
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