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TEXTURE       Les amis de Michel Baglin

Lien entre les amis du poète et écrivain Michel Baglin

JEAN-PIERRE BOULIC L'OFFRANDE DES LIEUX

JEAN-PIERRE BOULIC  L'OFFRANDE DES LIEUX

   Ne nous y trompons pas, les lieux dont Jean-Pierre Boulic reçoit l’offrande qu'il nous restitue à son tour ne sont pas seulement ceux que l’on peut admirer sur la photo de couverture, à savoir des rivages de granit battus par le ressac de l’océan.

  En effet, avec ce nouvel opus, l’auteur nous entraîne encore et toujours plus dans sa géographie intérieure : « C’est un lieu à l’écart que l’on porte en soi et qui, sans apparat, grandit lentement en nécessité. »

   On connaît la gravité (une gravité dont la joie la plus pure n’est pas exempte) et la qualité de l’œuvre de Jean-Pierre Boulic, riche de plus d’une trentaine de recueils. Avec l’Offrande des Lieux, il se met à l’écoute des chants du monde qui l’entourent et qui comprennent tout à la fois un présent toujours enchanteur pour celui qui sait être à son écoute (« Encore faut-il découvrir que tout est offert sur ce chemin ouvert aux vents. Tu vois seulement que le visible, sans jamais s’épuiser, n’est que la trace de l’invisible. ») et ce passé que chacun porte en soi avec sa charge de souvenirs, d’émotions et de rencontres dont il recense avec pudeur les beautés qui l’habitent.

   Mais l’attention du poète n’est pas seulement vouée à l’écoute de ses propres rumeurs. Elle est en empathie avec les oubliés de la vie, tel ce clochard qui, après guerre « passait le jour à chercher des bouteilles traînant sur les terre-pleins ou au pied des murs détruits par les bombardements. » ou ces pensionnaires des hospices, « Personnes seules face à des murs vides, lâchant de rares mots vieillis. Parfois suinte un frêle sourire. »

   Le monde de Jean-Pierre Boulic est proche, tant par ses thèmes que par son expression, d’un poète de son voisinage auquel il voue trois textes rayonnants, de passage à Louisfert où toujours, « Derrière le mur de moellons réfléchit le préau couvrant encore le sable des gravières, où crissent des pas qui ne peuvent plus s’envoler. Une école intacte, sa voix un poème où s’incline la vie entière. »

   Dans ce recueil d’une constante densité, si le poète revisite sans s’en lasser les contrées aimées, il dialogue aussi avec ceux qui ne sont plus mais qui l’habitent toujours et auxquels il rend hommage.

  Et il explore les territoires d’une enfance à l’écoute de laquelle il est demeuré attentif, qui est sans doute aucun la source de sa poésie et qui nous touche : « Il est heureux de partager des heures signifiantes, des instants inespérés, une parole irréductible passant les dunes et les landes jusqu’aux genêts des vieilles montagnes noires. Être présent au monde sous le mode mineur de la poésie. Mais qu’y a-t-il d’autre à embrasser ? »

« Ta joie est de ne rien garder » nous confie Jean-Pierre Boulic. Remercions-le de nous avoir fait l'offrande de la part la plus profonde de lui-même en ses contrées d'intense poésie.   

               Jacques Ibanès

L’offrande des Lieux, La part commune, 96p., 13 €


 

Jean-Pierre Boulic dans son biotope

Jean-Pierre Boulic dans son biotope

« Deux vieilles pièces dans un immeuble ancien de la ville. Plafond haut fendu. Le zinc du toit reste trouvé depuis la guerre. : bassines et serpillières ici et là. Tu vis ici. Les lattes du plancher s’écartent et craquent à chaque passage. Quelquefois une souris s’esquive. Mais il y a le manteau de fonte astiqué de la lourde cuisinière, le poussier du seau à charbon et sur le chevet de ton divan deux livres de la bibliothèque verte. Peut-être un univers qui te laissera toujours attentif aux petites choses de la vie. »

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